Les taxes Trump ne font l'affaire de personne, même pas des Américains
L'INFO DU JOUR - La menace devient réalité. À partir du 3 avril prochain, les voitures qui ne sont pas assemblées aux États-Unis subiront une taxe supplémentaire de 25 %. De quoi semer un vent de panique chez les constructeurs étrangers mais aussi dans l'industrie locale, et elle risque d'affecter la consommation américaine.

Le jour de la libération est presque arrivé, puisque c’est ainsi que Washington a baptisé la date de l’’entrée en vigueur des taxes douanières sur l'automobile. Elle a été fixée au 2 avril prochain (le 3 pour nous autres occidentaux) pour ne pas prêter à une quelconque confusion avec le 1er avril.
À partir de ce jour, les « dirty 15 », ces pays ainsi baptisés par Scott Bessent, le Secrétaire au Trésor, seront sanctionnés de 25% de taxes supplémentaires lors de l’importation de leurs autos aux États-Unis. Un taux qui s'ajoute aux 2,5 % déjà en vigueur.
Les dirty 15 dans le viseur
Ces « sales pays » on les connaît bien, puisque, de la totalité de l’union européenne à l’Asie, en passant par le Canada et le Mexique, ils redoutent ces taxes depuis des semaines. Mais si tous étaient alarmistes, ils restaient attentistes face aux déclarations intempestives et aux rétropédalages de Trump sur la question. Désormais les choses sont claires et le 47e président des États-Unis a définitivement annoncé la couleur, ce 26 mars, depuis le bureau ovale.
Dans la foulée, d'Ottawa à Mexico, de Séoul à Tokyo, tout le monde y va de son commentaire, effarouché, réprobateur ou offensif. Et pour cause : les États-Unis sont le deuxième marché automobile mondial après la Chine, et comme les ventes de voitures étrangères dans ce dernier pays sont en berne depuis un an, l’idée de la double peine, et la perspective de perdre des parts aux US sème la panique, chez les constructeurs eux-mêmes, mais aussi chez les équipementiers comme à la Bourse et toutes les places sont en baisse depuis l’annonce trumpesque.
En Europe, tout le monde se tourne vers Bruxelles et le ministre de l’économie française Éric Lombard, réclame « une riposte européenne ». Même son de cloche à Berlin qui renvoie la balle à Bruxelles.

Certes, toutes les autos étrangères qui circulent aux US ne sont pas importées. Allemands comme Japonais et Coréens disposent d’unités de production sur place, mais nombre des pièces qui composent ces voitures assemblées dans le pays proviennent d’Europe, du Canada et du Mexique et même si, bonne fille, l’administration Trump offre un délai supplémentaire jusqu’au 3 mai avant de taxer ces pièces, elles le seront au même titre, et au même taux, que les voitures dans un peu plus d'un mois.
Alors, Hyundai-Kia, Mercedes, Toyota ou Nissan tentent de s’organiser et de stocker un maximum de pièces et de composants en attendant le couperet du mois de mai. Mais les constructeurs américains en font autant. Car si les Européens vont être durablement impactés par la mesure, Ford, General Motors et Stellantis le seront également puisque, depuis des décennies, la délocalisation de leur production au Mexique et au Canada va bon train.
Résultat : les trois de Detroit n’ont jamais autant usé et abusé des gros camions américains qui traversent par centaines les frontières canadiennes et mexicaines depuis quelques semaines. Les trucks acheminent non seulement des pièces et des composants vers les usines, mais aussi des autos entières qui vont grossir les stocks des concessionnaires en attendant le déluge de taxes.
Vers une hausse des prix des voitures neuves et des pièces de rechange
Mais cette solution provisoire de stockage massif avant l’entrée en vigueur de la mesure a ses limites. Et elle a été fixée par Doug Osterman, le directeur financier de Stellantis, à 60 voir 70 jours au maximum. Au-delà, les constructeurs devront augmenter le prix de leurs autos comme de leurs pièces de rechange.
Cette hausse du prix des voitures a été évaluée, par le cabinet KPMG. Et l’augmentation pourrait atteindre 10 000 dollars. Même Elon Musk, le « bro » de Donald Trump le reconnaît sur X, « l’effet sur les coûts n’est pas négligeable. »
Cette hausse du prix des voitures, étrangères comme américaines, risque de rajouter de l’inflation à l’inflation qui sévit toujours aux États-Unis. L’idée de Donald Trump, qui a expliqué lors de l’annonce de ces taxes, qu’il souhaitait « faire payer les pays qui font des affaires dans notre pays et prennent notre richesse » peut s’entendre. En revanche, celle qui consiste à appauvrir ses concitoyens, et donc son économie nationale, l’est moins. Et il n’est pas sûr que le montant des taxes supplémentaires récoltées par Washington à cette occasion suffisent à combler une future récession.
D’autant plus que les constructeurs comme les équipementiers ont le dos au mur. Il faut deux ou trois ans pour rapatrier leur production aux États-Unis, et non quelques jours, comme le souhaiterait le président américain, celui-là même qui souhaitait en finir avec le conflit ukrainien en 24 heures chrono.
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