Paul Arzens, le génial designer français qui avait 80 ans d’avance
Dès 1942, Paul Arzens fabrique une citadine électrique dotée d’une bonne autonomie et de performances dignes de ce nom. Un visionnaire peu connu, mais dont les réalisations profiteront à des millions de gens…

Dans la France occupée, en 1942, on manque de tout sauf d’idées, contrairement à l’heure actuelle. Dans ce contexte très difficle, un certain Paul Arzens réfléchit à une voiture adaptée à son époque. L'homme, qui a étudié aux Beaux Arts puis œuvré à rendre esthétiques des machines notamment ferroviaires, use de son talent pour tourner les inconvénients liés aux pénuires en avantages. Comment ?
En créant une petite auto électrique, vu que l’essence était rare, et en utilisant un minimum de métal, tout aussi rare. Un peu d’aluminium aussi, plusieurs batteries (300 kg tout de même), et un moteur électrique : voici la base technique de son invention, capable de rouler 100 km entre deux recharges tout en pointant à 70 km/h (soit plus qu’une Citroën 2CV de 1948). Des prestations encore enviables à l'heure pour une auto de ville, notamment par la Citroën Ami.

Le génie de voiture d'Arzens n'est pas seulement sa motorisation : des électriques, il y a déjà eu plein. C'est aussi son design lisse, avant-gardiste et tout en rondeur, qui lui vaut son surnom : l’Œuf. Pas assez de métal ? Qu’à cela ne tienne, Arzens utilise du Plexiglas, ce qui donne un véhicule extraordinairement lumineux, donc très pratique en ville, en plus d'être silencieux et non polluant à l'usage. Comme quoi, les contraintes les plus dures suscitent parfois la créativité la plus vive, cette dernière manquant cruellement à l'ère actuelle. D'ailleurs,après la guerre, le carburant redevient disponible, et Arzens convertit son œuf au thermique, en l’équipant d’un moteur Peugeot de 125 cm3. Il l’utilisera jusqu’à sa mort en 1990. Ironiquement, la marque de Sochaux avait, elle aussi, créé une électrique durant la guerre : la VLV.

Arzens n’était pas un novice en matière d’automobile : dès 1938, il avait fabriqué la Baleine, un immense cabriolet sur base Buick. L’intérêt de ce prototype spectaculaire ? Son design ultramoderne, mêlant fluidité et intégration des ailes, donc arborant un look que l’on qualifiera plus tard de « ponton ». La Baleine est d’ailleurs, par son style, plus avancée que le concept Buick Y-Job d’Harley Earl, qui deviendra pourtant le grand chef du design GM.

Mais Arzens ne poursuivra pas dans l’automobile, se concentrant sur le ferroviaire, ce qui ne réduit en rien l’importance de ses créations. En effet, on lui doit une grande partie du matériel roulant de la SNCF et la RATP. Les locomotives BB, notamment les fameuses "nez cassé", et CC ? C’est lui. L’avant des rames de métro des années 60-70 ? C’est lui. Les premiers RER ? C’est encore lui. Des millions de gens ont pu profiter de son talent, qui a un peu enjolivé leur vie.
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